La source
Réussir, Virginie Pinson, 10 octobre 2026. Baromètre exclusif Circana pour Les Marchés, publié dans le quotidien du 8 octobre. Période P9 : du 24 août au 27 septembre 2026. On relie les chiffres. On n’ajoute pas un centime de jardin.
À côté
Hier : cotation Les Marchés (calibres, industrie). Début octobre : Agreste côté abattages et ponte. Ici : uniquement les achats en hypers et supers.
1. P9 : la croissance se tasse
Les ventes d’œufs dans la grande distribution ont encore progressé à la rentrée, mais le rythme n’a plus rien d’explosif. Sur la P9, Circana relève +1,3 % en volume et +4 % en valeur par rapport à la même période de 2025. Sur deux ans, le volume reste nettement plus haut : +8,1 % versus 2024. Réussir insiste sur le contraste avec la moyenne des douze derniers mois, où la hausse des volumes tournait autour de 4,7 %. Autrement dit : le rayon œuf continue de grandir, mais le moteur rallentit après des mois plus dynamiques.
Ce n’est pas une cotation de palette industrielle. Ce n’est pas non plus un décompte Agreste de milliards d’œufs produits. Circana mesure ce que les ménages emportent des rayons d’hypers et de supers. Le panel ignore le panier du voisin qui ramasse trois coquilles derrière le cabane. C’est précisément pour ça que le papier du 10 octobre mérite d’être lu à part : hier parlait de prix spot et de calibres ; aujourd’hui, on regarde les tickets de caisse.
2. Standard en tête, bio et plein-air en recul
Le détail par mode d’élevage explique le tassement. Circana regroupe cage et sol sous une même ligne « standard ». Sur la P9, ce bloc est le seul segment positif en volume : +6,6 % versus 2025, et +9,6 % versus 2024. Les œufs de poules élevées en plein air reculent de 1,7 % sur un an (tout en restant +10,1 % au-dessus de 2024). Les œufs biologiques baissent de 2,3 % sur un an ; sur deux ans, ils sont quasiment plats (+0,4 %).
Circana ne sépare pas code 2 et code 3 dans ce baromètre. Réussir rappelle toutefois les données Kantar relayées par FranceAgriMer en juillet : sur un an, les œufs de cage progressaient de 29,4 % et le sol de 18,3 %. Toujours selon Kantar en juillet, la part de la cage dans les achats des ménages pour la consommation à domicile était estimée à 16 %, celle du sol à 24,2 %. Ces parts ne disent rien d’un enclos familial ; elles dessinent le rayon tel qu’il tourne aujourd’hui.
Pourquoi le bio et le plein-air fléchissent-ils en septembre ? Plusieurs opérateurs interrogés par Réussir pointent un manque d’offre après les coups de chaleur, qui ont touché ces deux types d’élevages. Le journal précise que les volumes restent néanmoins au-dessus de la même période de 2024. On ne transforme pas cette lecture en diagnostic de votre enclos. On note simplement que l’offre alternative a été contrainte, et que le standard a absorbé une part de la demande.
3. Le chiffre d’affaires, lui, accélère encore
Même quand les volumes de code 0 et de code 1 reculent, la valeur tient. Sur la P9, le chiffre d’affaires progresse de 0,6 % sur chacun de ces deux codes — signe d’une hausse de prix qui compense, en partie, la baisse de volume. Sur le standard (codes 2 et 3 regroupés), l’effet est beaucoup plus net : le CA de la catégorie bondit de 12,2 % sur un an et de 25,8 % sur deux ans. Les ménages n’achètent pas forcément plus d’œufs bio ; ils paient davantage le rayon dans son ensemble, surtout là où le standard tire.
Concrètement, le papier du 10 octobre complète celui du 9. La cotation parlait de gros œufs mous, de M plus fluide, de code 1 rare vers le conditionnement. Le baromètre Circana dit autre chose, sur un autre circuit : en magasin, la croissance des volumes se modère, le standard gagne du terrain, bio et plein-air cèdent un peu, et la valeur du rayon reste soutenue. Deux tableaux. Un même week-end de filière. Aucun des deux ne fixe le prix d’une coquille ramassée à l’aube.
4. Ce que ça laisse au jardin
Si vous lisez ces pourcentages un samedi d’octobre avec une Sussex qui vient de pondre, le lien tient en peu de mots : le panel Circana ne compte pas votre œuf. Changer d’aliment ou de race parce que le standard GMS gagne 6,6 % n’a aucun sens. Le jardin suit l’eau, la litière et le loquet — pas le ticket de caisse d’un hyper.
En résumé
10 octobre 2026, Réussir / Circana (P9) : volumes +1,3 %, valeur +4 %. Standard +6,6 % ; plein-air −1,7 % ; bio −2,3 %. CA standard +12,2 %. Baromètre de rayon, pas un tarif de pondoir.